José Marín, 92 ans, Mula (Murcia)
Si son âge avancé crée de la fatigue sur son corps et affaiblit son énergie, sa lucidité est toujours aussi fine et aiguisée. Paysans depuis toujours, sa femme Amparo et lui ont vécu beaucoup des changements du XXème siècle, et loin de l’aigreur nostalgique du « c’était mieux avant », ils apportent leur précieuse vision des choses pour aider à comprendre les évolutions du monde, avec recul et sagesse. Pour eux, BioEspuña est une solution énorme aux problèmes de la vie des paysans. Des amapiennes et amapiens de Castelnaudary se souviennent peut-être de la venue en France de José il y a plusieurs années. Lors d’une livraison de l’AMAP, il a partagé avec son fils Alberto : « ces gens méritent qu’on fasse bien notre travail », convaincu du trésor que représentent des citoyens manifestant de la confiance envers des paysans.
Plus d'info sur la famille Marín
Le projet de BioEspuña ...
...est bien né de ce constat : comment vivre de la terre ? Comment garantir la viabilité de fermes qui ont fait le choix de l’agriculture paysanne et biologique face à l’agrobusiness très développé dans la région ? Comment accompagner les nouvelles générations qui souhaitent mener une existence paysanne tout en préservant leur vie personnelle ? (famille, loisirs, relations sociales) ? D’où la création en 2012 d’un outil logistique et commercial à même de garantir la viabilité de ces fermes, parfois trop petites pour avoir les moyens suffisants de commercialiser dignement leurs produits ; la construction d’un réseau de clients conscients et engagés ; la mutualisation de moyens logistiques, humains, économiques.
Pourquoi ça s'appelle BioEspuña ?
Rencontres...
Sourires au bec, sensibilité et curiosité dans les poches, les participantes et participants au voyage annuel sur les fermes ont pu appréhender ces enjeux à travers la découverte d’itinéraires paysans, de réalités agricoles et socioéconomiques et de visages humains. Le tout dans une ambiance joyeuse et constructive.
A l’ écoute des acteurs et des territoires, ils et elles ont rencontré des personnes convaincues par l’agriculture biologique et les bienfaits de ces pratiques pour le vivant et les territoires, mais inquiètes quant à l’avenir.
Demain, comment fait-on ?
Car, sans avoir le monopole des difficultés sociétales, l’agriculture -biologique qui plus est- a son lot de vulnérabilités et de contraintes : dépendance des aléas climatiques, investissements économique et humain conséquents, charge de travail importante. En outre, cette nécessaire adaptation au changement climatique dans un territoire semi-aride (épisodes brutaux, sécheresse chronique), dont nous avons un aperçu plus palpable ici avec les canicules du moment…et la difficile résistance aux modèles d’agriculture productiviste.
Difficile d’enjoliver…les fermes s’en trouvent fragilisées et l’attractivité du métier d’agriculteur entamée. Qui voudrait, dans ce contexte, s’installer ? reprendre une ferme ?
Certains le font, heureusement, mais plusieurs d’entre eux sont pluriactifs car ne parvenant pas à vivre pleinement de leur activité agricole et d’autres s’efforcent de trouver des stratégies de diversification (produits transformés, activités agritouristiques et agriculturelles).



ci-dessus, de gauche à droite : Carlets (Proyecto Rúcula), Cristóbal (BioEspuña), Juan (Casa Pareja), Rafael (Nueca)
Le défi de maintenir une agriculture paysanne et biologique locale est donc très prégnant, ce qui remet en évidence la pertinence du rôle de BioEspuña car notre outil donne de « l’espoir, en tant que producteurs », répète José (ce « phare enraciné » ! dixit Alberto).
Notre organisation n’est pas parfaite, vous nous exprimez régulièrement et avec justesse par vos retours nos axes de progrès.
Mais c’est bien l’exigence de qualité qui nous anime :
produits, conditions de travail, relations humaines (commerciales, collaboratives), liens aux territoires, agrocécologie.
- l’exigence des produits avec des critères et paramètres précis, bien que les fruits et les produits transformés ne puissent être tout à fait identiques d'une saison à l'autre
- de récolter au fur et à mesure pour garantir fraîcheur et maturité (d’où les délais de commande à respecter por favor…)
- l’exigence de l’engagement des paysans de vendre de cette façon, ce qui implique de laisser les fruits dans les arbres avec risques associés
- celle des salariés espagnols pour récolter et entretenir avec soin (on n’arrache pas le fruit, on le cueille…), dans des conditions météo parfois rudes
- l’exigence d’être paysanne / paysan : au moment clé être prête et prêt, endurer des aléas et supporter la masse de travail
- et de l’équipe en France pour l’effort de transparence (rendez-vous sur le site internet pour des informations sur l’eau, les pratiques agricoles, et le service
- l’exigence de toutes et tous de prendre soin les uns des autres, d'accepter les failles et les erreurs
- et bien sûr l’exigence de votre part,clientes, mangeurs, citoyennes et citoyens (choisissez le terme qui vous convient !), pour poursuivre l’aventure et valoriser cette qualité multidimensionnelle. Vous constituez une clé de voûte essentielle de cet écosystème. MERCI
Un ÉNORME MERCI également à celles et ceux qui font vivre le réseau, particulièrement les personnes référentes de groupes, les bénévoles impliqués dans la vie d’AMAPs, les paysannes et les paysans qui nous accueillent de différents manières dans le réseau. Sans vous, ce serait impossible !
Parce que l’évolution d’une entreprise n’est pas linéaire, nous traversons actuellement chez BioEspuña une zone de questionnements sur l’avenir : nous aspirons à nous réorganiser pour davantage de résilience et de consolidation, à partager les responsabilités pour éviter l’épuisement de certaines personnes, à anticiper le départ à la retraite de Cristóbal, un des piliers de BioEspuña.
ci-dessous, de gauche à droite : Cristóbal, José & Alberto Marín

Le moment est inconfortable mais nécessaire et fertile. Aussi, suivant les conseils simples et lumineux de José, nous allons « continuer avec joie ce que nous faisons (…), à bien faire notre travail » et appréhender cette nouvelle étape. La pause de l’été arrive à point nommé dans le processus !
Pour finir avec d’autres nouvelles, nous avons enrichi notre équipe en France grâce à Léo, solaire, motivé ; Nicolas termine cette aventure de 10 ans avec nous pour d’autres horizons, Merci Nico d’avoir pleinement nourri la dynamique de BioEspuña ; et Maeva sera absente quelques temps car elle attend un heureux événement !
Merci encore
JULIE pour cette belle équipe